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Faire le deuil du divorce de ses parents

Le divorce parental, même adulte, bouleverse l'identité. Deuil non linéaire : choc, colère, dépression, acceptation. Psychanalyse révèle schémas inconscients et offre des clés (parole, repères, ambivalence) pour renaître.


Le divorce parental, même vécu à l’âge adulte, constitue une épreuve psychique. Il ne s’agit pas seulement d’une séparation concrète, mais d’un effondrement symbolique du « nous familial », un pilier identitaire ancré depuis l’enfance. Cet article explore les mécanismes du deuil lié à cette rupture, en s’appuyant sur les apports de la psychanalyse.

Le choc de la perte : un effondrement identitaire

Lorsque des parents divorcent, même après des années de vie commune, leurs enfants adultes peuvent ressentir un vide existentiel. Le foyer familial, symbole de stabilité, se transforme en un lieu de souvenirs fragmentés, et l’identité collective (« notre famille ») est remplacée par une réalité éclatée.

  • Perte du « chez-soi » : La vente de la maison familiale, évoquée dans un témoignage forum, incarne cette disparition d’un ancrage matériel et affectif, déclenchant une tristesse persistante et un sentiment d’instabilité.
  • Désillusion et culpabilité inconsciente : Comme le souligne la psychanalyse, la séparation parentale réactive parfois des angoisses infantiles liées à l’abandon ou à la peur de ne plus être aimé.

Les étapes du deuil : un processus non linéaire

Le deuil du divorce parental suit des phases comparables à celles décrites par Elisabeth Kübler-Ross, mais avec des spécificités propres :

  1. Déni et choc : Refus de croire à la rupture, espoir d’une réconciliation, comme l’exprime une personne ayant vécu la cohabitation post-annonce de ses parents.
  2. Colère et culpabilité : Ressentiment envers les parents (« Pourquoi n’ont-ils pas tenu ? ») ou auto-accusation (« Ai-je contribué à leur échec ? »).
  3. Dépression et repli : Sentiment d’épuisement, perte de motivation, décrit par un témoin du forum comme un « état neutre » entre indifférence et désespoir.
  4. Acceptation et reconstruction : Retrouver un équilibre en intégrant la nouvelle réalité, comme le suggère la psychanalyse, qui voit dans cette étape une opportunité de croissance.

Les enjeux inconscients : le roman familial et les répétitions

La psychanalyse met en lumière des mécanismes inconscients liés au divorce parental :

  • Réactivation du « roman familial » : Les schémas relationnels des parents (conflits, loyautés invisibles) peuvent influencer la manière dont l’enfant adulte perçoit et vit la séparation, parfois en répétant des patterns amoureux similaires.
  • Angoisses de séparation réactivées : Le divorce parental réveille des angoisses précoces, comme celles liées à l’individuation durant l’enfance, où l’enfant apprend à se séparer psychiquement de ses figures d’attachement.

Les clés pour traverser le deuil : approches psychanalytiques

Pour surmonter cette épreuve, plusieurs pistes s’offrent :

  • Parler et élaborer : La cure psychanalytique permet de mettre des mots sur le non-dit, de dénouer les conflits internes et de distinguer le conjoint réel de l’image idéalisée du parent 212.
  • Recréer des repères : Réinvestir des passions personnelles ou construire de nouveaux rituels familiaux (ex. : fêtes avec frères et sœurs) aide à restaurer un sentiment de continuité 5.
  • Accepter l’ambivalence : Reconnaître que l’amour pour ses parents coexiste avec la colère ou la déception, sans chercher à l’effacer 14.

Une renaissance identitaire

Le divorce parental, bien que douloureux, peut devenir une occasion de reconstruction narcissique. En se détachant de l’image idéalisée de la famille, l’enfant adulte apprend à exister comme sujet autonome, enrichi par une compréhension plus profonde de ses propres désirs et vulnérabilités. Comme l’écrivait Freud, « là où était le ça, le je doit advenir » – une maxime qui résonne particulièrement dans ce travail de deuil.


Pour aller plus loin :

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